Visible

Merci à Florence Dauchez et Nada Lamri pour ce portrait dans Visible, média qui donne la parole aux femmes. @visible.community, « l’expérience des femmes est une chance ».

Portrait dans le Süddeutsche Zeitung

Très honorée d’avoir six pages dans l’hebdomadaire du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung sur la façon dont j’aborde les petites surfaces et mon regard sur l’immobilier parisien pour un numéro spécial Paris. Merci à Kerstin Löffler pour ce très bel article et pour sa gentillesse, à la photographe Stéphanie Füssenich d’avoir eu tant de patience pour ce portrait. Mon amie styliste Dominique Descantes m’a fait l’immense plaisir de me tenir la main et de me mettre en valeur pour ce portrait ! Il me reste en mémoire une journée joyeuse entre filles. Et le goût rassurant d’une presse papier qui fait un travail de fond remarquable et n’hésite pas à envoyer journaliste et photographe sur place à l’heure du numérique qui exige tout immédiatement, gratuitement et sans effort.

Lire l’article dans son intégralité

Tensira fête ses 10 ans sur le salon Maison et Objet

Je suis heureuse de vous annoncer ma collaboration avec Tensira pour la création de leur stand à Maison et Objet. Une  façon réjouissante de commencer l’année 2019. Je suis une grande fan à la fois de leurs créations de tissus, du processus de fabrication qui fait appel à un savoir faire ancestral, de la démarche éthique et généreuse qui fait vivre tout un village africain, de la gentillesse immense de ses deux fondateurs et des valeurs de métissage qui font leur histoire et se retrouve dans leurs collections.

Alors forcément, rien de plus naturel pour moi, que d’imaginer une architecture éphémère où le mot METISSAGE prend toute sa valeur. Les rayures se mélangent plus que jamais et tiennent la vedette sur un espace habillé du sol au plafond d’un patchwork de tissus. Le montage du stand commence lundi… et les visiteurs pourront le découvrir à partir du jeudi 18 janvier. 

J’espère avoir réussi le pari d’une harmonie par le mélange, car il n’y a rien de plus apaisant et de plus réjouissant pour moi que l’idée d’une cohabitation heureuse de la diversité. Et qui peut mieux que Tensira défendre ces valeurs avec élégance et simplicité ?

Rendez-vous sur le stand Tensira au Parc des Expositions de Paris Nord Villepinte Maison & Objet Hall 5 Stand R94 du 18 au 22 janvier 2019.

La salle de bain, la pièce la plus intime et la plus secrète.

La salle de bain, la pièce la plus intime et la plus secrète.
 
 
Je ne fais pas tous les jours des vitrines de magasin. C’est un projet spécialement imaginé pour mon amie Pascale, directrice de la boutique Design et Bain à Lyon. Nous avions envie de nous retrouver autour d’un projet commun depuis des années. La manifestation « tapis rouge » qui met les galeries et boutiques sur leur trente et un nous a donné l’occasion d’imaginer ensemble  une fenêtre sur la salle de bain dont nous avions envie : douce pour respecter l’intimité, rêveuse pour laisser l’esprit s’évader, pratique pour avoir l’essentiel sous la main. Fidèle au mélange de style, elle offre une pointe de classicisme avec un paysage sur papier peint inspiré des gravures du XIXème siècle  et des mini carreaux métro, un sol graphique et contemporain de Popham qui sait jouer des formes irrégulières inspirés des années 50 sur ses carreaux en ciment et une pointe industrielle avec les suspensions en porcelaine de Zangra et le sèche serviette en forme d’échelle.  Atmosphère black & white relevée d’un bleu couleur d’encre pour rappeler la profondeur des rêves, la salle de bain restant le passage obligé entre le jour et la nuit.
 
 
 

Ne pas se préoccuper des tendances

Ne pas se préoccuper des tendances mais juste porter un regard qui transcende le temps pour capturer ce souffle de modernité qui ne cesse de se réinventer.
 
 
A droite détail d’une peinture de Dirk Bouts vers 1410 au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles
poulaines noir corbeau et collant marsala sur un sol aux motifs géométriques dans des tons subtils d’automne
 
A gauche le 21 septembre 2016 chez Fred et Sarah dans la chambre d’amis au sol peint en dallage blue & white, les jambes sans fin d’Elodie dans des bottines Repetto vermillon et un collant bleu orage prête à attaquer une partie de golf stylée. Photo de Pauline Ringoot 
 
Merci à Pauline et Elodie pour cette séance photo joyeuse

maison Marguerite duras

La Maison de Neauphle-le-Château

« Le lieu de l’utopie même c’est la maison créée par la femme, cette tentative à laquelle elle ne résiste pas, à savoir d’intéresser les siens non pas au bonheur mais à sa recherche.
J’ai pensé très longtemps à acheter une maison.
J’y ai souvent pensé.
J’y ai pensé jusqu’à la douleur certaines nuits. 
Ce sont des choses à quoi les femmes pensent beaucoup, des années, et qui font le lit de leur pensée quand les enfants sont petits : comment leur éviter le mal. »

Marguerite Duras, La Vie Matérielle 

« Time stands still in this timeless place »

« Time stands still in this timeless place »
Une maison hors du temps. Quel beau compliment ! Une maison hors du temps, est une maison qui a fugué, n’est-ce pas ? Pour trouver son propre chemin intérieur et se réfugier dans une utopie. Elle se dévoile par son parfum, par le jeu de lumières dont elle est le théâtre, par sa petite mélodie, par son jeu subtil de couleurs, par les secrets qui se cachent dans chaque recoin, par les émotions qu’elle a su capturer et dont elle vibre. Rien à voir avec le beau, juste un équilibre fragile comme un battement de coeur. 

palimpseste : quand l’intérieur se crée par destructions et reconstructions successives

 
 
Les chantiers chez Eric et Nathalie, chez Dominique et Rosa commencent.
 
Nous en sommes à ce moment charnière où l’intérieur fait le deuil de sa dernière vie avant de renaitre. 
 
En les déshabillant, les traces du passé se révèlent comme des collages de tranches de vies qui se succèdent. Emerveillement d’un instant éphémère qui offre à voir toute sa poésie dans sa vulnérabilité. 
C’est cette dimension cachée des intérieurs qui me fait tant aimer les collages, les traces superposées et les patchworks. Succession de lambeaux d’histoires qui s’imbriquent, s’assemblent, pour arborer fièrement les petits bouts d’émotions qui nous composent et prennent un sens en les assemblant.
 
Junya Watanabe pour Comme des Garçons
une oeuvre textile de Anne Michelson « TNO Zuidpolder »
 

la qualité immatérielle des petits espaces

De la qualité immatérielle des petits espaces…

L’air du temps aime les mini lieux de vie et les met en exergue. Ils sont traités comme des stars et occupent sans complexe les pages des magazines au même titre que les palaces, les manoirs et les grands appartements luxueux. Se battre avec les m2 est pour le commun des mortels une réalité dans les grandes capitales où les prix flambent. Mais, au-delà de l’aspect financier, ils correspondent également à une nouvelle façon de vivre. L’âme vagabonde, l’amateur de petits espaces aime ne pas trop s’encombrer le quotidien avec des volumes XXL. Habitué des chambres d’hôtels et des locations Airbnb, il promène sa vie d’un lieu du globe à l’autre et souhaite un abri temporaire pour recevoir sa valise et ses rêves. Il aime son confort mais sa ligne d’horizon s’est déplacée.  A l’image des cabanes de notre enfance, « la miniature est un des gîtes de la grandeur », poste d’observation et de rêverie pour mieux partir à la conquête des grands espaces et des belles causes.

La cabane de 11 m2 d’Anne-Marie en est la parfaite illustration.

Bachelard in « la poétique de l’espace »

la caverne de Dieter

Dans la caverne de Dieter, à la recherche de portes anciennes pour habiller mes futurs intérieurs. 
 
Chaque histoire commence forcément par une porte, celle qui va délimiter l’intérieur de l’extérieur, comme un passage initiatique entre deux mondes pour nous mener au coeur de l’intime.
 
«  la poétique de la porte subtilement déclinée procure un sentiment de liberté inattendu, un accord entre l’être et le lieu. Les portes  se succèdent telle une invitation au sein de l’espace insulaire de la maison et nous conduisent au coeur – au coeur des lieux et des êtres. Fermées ou ouvertes, elles ont la force et la puissance d’un monde intérieur.»
 
 
 
 
1. La Porte au Coeur de l’Intime de Georges Banu – édition Arléa
 
 

Touchée au coeur par le texte de mon amie Katia sur son blog littéraire « J’attends » 

Touchée au coeur par le texte de mon amie Katia sur son blog littéraire « J’attends » 
Fenêtres irisés et lointains de cristal
 
 
Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison !
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance
Oscar Milosz
Ca commence par une question, obsédante, lancinante, une question qui revient inlassablement et qui jamais ne s’épuise. Qu’est-ce qu’une maison ? Qu’est-ce que la maison ? Je me demande aujourd’hui ce qui fait la magie des maisons dessinées par Marianne Evennou, magie qui ne se sent pas toute entière dans les images mais qui s’impose dans le réel. Une phrase de Gaston Bachelard m’indique un chemin. « L’enfance est certainement plus grande que la réalité. » Oui c’est peut-être cela, ce qui fait l’essence des maisons de Marianne, la disparition de toute échelle, le brouillage des repères, le basculement dans un territoire au-delà du réel, au-delà des frontières de la géométrie naturelle. Elle redonne aux appartements parisiens qui ne sont qu’horizontalité, la verticalité qui leur manque. Elle rend à un studio de 11m2 aussi bien qu’à un loft démesuré la cave et le grenier, la rêverie de l’enfant qui s’ennuie à l’attique comme la cachette du chat qui pelote(mémoire des chats vagabonds qu’elle recueillait dans sa cave en cachette des adultes ?). Ce qui frappe quand on entre dans son minuscule pied à terre parisien c’est qu’il ne dit rien de ses dimensions, il serait impossible sans être géomètre de lui assigner une surface tant il invite, au coeur de la ville, dans une maison de campagne de théâtre avec cheminée, garde-manger sur la cour intérieure, alcôve où cacher ses lectures, bureau-bibliothèque-cabinet de curiosités, salon de bain tout en douceur. La maison est « corps de rêveries », moins son souvenir est précis, défini, caractérisé et plus elle accède à l’essence de son être nous dit Bachelard. C’est bien cela… La maison de Mariannne est dans « le flou et le fou« .  Elle ne s’ancre pas dans le réel, elle l’effleure. Alors quoi, comment? Par les couleurs fanées savamment choisies qui évoquent la salle à manger d’une maison de province, l’antre secret d’un amoureux de lanterne magique. C’est une rêveuse de rideaux et de plis, un pan de tissus cache ou dévoile un espace insoupçonné. Un ciel de lit protège le dormeur des fantômes de la nuit. Aucun espace ne peut se suffire de n’être que ce qu’il est mais doit s’accroitre et se plier à son désir. Une bibliothèque se fait cathédrale, un monte-charge bibliothèque, un réduit dérobant d’anciens tuyaux de cheminée la niche d’un poêle à bois, et c’est tout l’espace qui bascule dans la mémoire des ateliers d’artistes du début de siècle, ouvrant des ressources insoupçonnées à notre conscience des volumes. Pas ou peu de fenêtres ? L’oeil de la maison sera non pas à l’extérieur mais à l’intérieur. Si elle a le pouvoir de faire advenir la verticalité, elle a aussi celui de renverser les catégories usées du dedans et du dehors. Elle fait exploser les représentations de l’habitus. Elle défamiliarise. Le plan de travail de la cuisine devient escalier, le patio intérieur ouverture sur le dehors, les fenêtres des écrans qui dessinent le monde à son envie. Car cette faiseuse d’images travaille l’intérieur avec le souffle de l’extérieur, ce n’est rien moins que le ciel de Paris qu’elle fait entrer sous les toits, et le vent bruire dans les chenets. Ce n’est pas une formule, c’est le produit d’une rêverie profonde, de celle qui transmute la matière. Le ciel et le sol se renversent parfois pour refléter des pas qui se logent dans le bien-être heureux d’un espace aux frontières indéfiniment repoussés à la limite du possible et du rêvé, entre mémoire et réalité. Il y a dans les maisons de Marianne des « privilèges de profondeur » qui rendent à n’importe quel réduit sa cosmicité. A Paris les maisons n’ont pas de racines, Marianne naturalise nos chambres des villes, leur restitue une simplicité primitive, leur rend leur fonction première de nid, de coquille. Faisant sienne la formule de Rimbaud « Tout ce qui brille voit », ses maisons sont des bougies allumées dans la nuit, des étoiles qui brillent sur l’asphalte. Les éclairages à profusion de ses intérieurs donnent à celui qui les maitrise le jour ou la nuit, l’aube ou le crépuscule. La maison se fait paupière, « la lampe à la fenêtre oeil ». Sa cabane étincèle de tout son dépouillement, mais chacun des objets en apparence dérisoires qui font de sa maison une maison-monde, coquillages ramassés sur une plage, cailloux choisis entre tous sur mille chemins de forêt, brindilles et branches hautes, dessins, photo-collages et croquis découvrent un paysage qui abolit murs et cloisons. Si les parois de papier murmurent, tremblent et se déchirent dans la tempête, c’est pour mieux renforcer la valeur de refuge de sa maison toujours ouverte.
 
 
Texte de mon amie Katia inspiré de la lecture de Gaston Bachelard La Poétique de l’espace et titre arraché au poème d’Oscar Milosz Insomnie


Arthur Rimbaud, « Nacre voit », Album Zutique
 
Photo-collage © Marianne Evennou pour J’attends…

« J’ai appris que, juste sous la surface, il y avait un autre monde, et encore d’autres mondes si on creusait plus profond « 

« J’ai appris que, juste sous la surface, il y avait un autre monde, et encore d’autres mondes si on creusait plus profond « 
 
David Lynch
Les lieux sont-ils habités par le passé ?
 
J’aime imaginer que chaque maison vibre de son lot de fantômes.
 
Cycles de vies qui se succèdent, se superposent comme des calques dans une matrice qui nous laisse percevoir le reflet de ce qui fut, comme une onde de choc qui mélange passé, présent et futur.
 
Mes enfants se souviennent avoir laissé des indices secrets dans la maison qui les a vus grandir, comme un lien magique qui les relie à leur enfance, qui témoigne de leur passage dans ces lieux et qui garde leur empreinte. Un battement de coeur caché dans un recoin.
 
Quelle émotion lorsque nous avons retrouvé au Moulinet, peint sur les murs d’ une ancienne écurie qui devait servir d’atelier au peintre qui y vivait il y a bien longtemps un magnifique détail que l’on retrouve dans une de ses peintures. Une fraction de seconde, il est là.
 
Les fantômes des lieux ne sont-ils pas ce petit bout de poésie qui  nous relie à notre passé, à notre mémoire ? cette vibration que les plus sensibles arrivent à capter et qui fait toute la magie et le mystère d’une maison ?
 
 
1.2.3. photos de Ewa Monika Zebrowski « Of Time, Lost »

bleu du ciel

Bleu du ciel, bleu de la mer, bleu de l’âme : la terre est bleue !

« Le ciel bleu sans voiles, 
Je le vois d’ici ; 
Je vois les étoiles
Mais l’orage aussi ! »
Lustre de Lindsey Edelman dans les cieux
« Indéfiniment le bleu s’évade. Ce n’est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l’air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l’homme que dans les cieux »

Collages pour le carnet d’inspiration du salon de 
Clémence et Bruno :
 bleu des tempêtes, bleu celte, et bleu océan
1. Marceline Desbordes-Valmore, Elégies
2. Jean-Michel Maulpoix, Une Histoire de Bleu



La nuit est noire comme une coquille, bientôt elle va s’ouvrir et il en sera fini de son opacité protectrice »

 
 
Pour mon amie Katia 
 
Et vous, avec qui passez vous vos nuits ?
 
Mais avec mes songes… flous et fous.
 
A l’aube, les premiers rayons de soleil règlent la netteté de ma journée après un voyage intérieur de tous les possibles : levée de brume sur mon alcôve.
 
1. le blog littéraire de Katia : j’attends…
2. dessin de Miro
3. l’alcôve de la cabane. 6h du matin, le 4 juillet 2015

« Les rencontres de Ségolène »

« Les rencontres de Ségolène »
 
Avec Ségolène, le coup de coeur a eu lieu avant même notre rencontre. Nous avions fait connaissance par articles interposés et je savais déjà que j’allais l’aimer avant de l’avoir en face de moi. Elle voulait que je lui refasse son appartement et m’avait fait comprendre qu’elle prendrait son mal en patience jusqu’à ce que je sois disponible pour cette aventure commune, quitte à attendre plusieurs mois.
Mais chez Ségolène, derrière cette patience apparente, le cerveau s’enflamme en permanence et les connexions se font à une allure folle : une idée en amène une autre, une rencontre en amène d’autres, forcément.
 
J’aurais dû le prévoir. J’aurais dû le sentir. Ségolène n’allait pas se contenter de m’attendre sagement. Cet électron libre qui aime partager ses découvertes en organisant des évènements n’a pas tardé à me tendre un piège en me déroulant un tapis rouge pour inaugurer son club de femmes. Je devais accepter de livrer non pas uniquement une expérience professionnelle mais une trajectoire de vie. Oh là, là ! Ségolène aime vivre dangereusement.
 
En souvenir de cette première soirée de partage entre femmes dans les très beaux salons des Arts et Métiers un vendredi 20 mars 2015 : 
 
 
Merci à Franck de me prêter sa plume pour traduire mes pensées toujours au plus près.

t’aimerais pas si…?

Dommage que je suis réelle, je peux pas entrer et vivre pour de vrai dans ma petite maison.

« Je me souvenais, je me souvenais de ce monde liminaire du Presque, où les souhaits étaient quasi réels. Se pouvait-il que mes poupées bougent la nuit ? La cuiller s’était-elle déplacée toute seule d’une fraction de centimètre ? Mon espoir l’avait-il enchantée ? Le réel et l’irréel, tels des miroirs jumeaux, si proches l’un de l’autre que tous deux respiraient, leur souffle vivait. Quelque crainte, aussi. Il fallait frôler la sensation inconfortable que les rêves avaient débordé des limites du sommeil et surgi à la lumière du jour. T’aimerais pas, disait Béa, si le plafond était le plancher ? T’aimerais pas si on pouvait…? »

                     Siri Hustvedt « Un été sans les hommes » 

The tree house. Emilie Mae, age 6

« With no blue prints and building costs to worry about, a child’s imaginary house is as whimsical as it comes »
Kinfolk n° 11, photograph by Neil Bedford & set design by Helen Mcintyre

La tête dans la maison

Comment passer de l’intérieur à l’intériorité ?

Comment imprimer sur un espace ses émotions, ses pensées ?
Quelle interaction entre l’espace délimité perceptible, ancré dans le concret et le monde invisible des émotions ?
Comment les deux peuvent-ils se nourrir, se construire ?
N’existe-t-il pas un même rapport entre les mots et les espaces ? Entre la littérature et les « intérieurs » ?
Les mots et l’espace cloisonné sont-ils des vecteurs pour une prospection intérieure ?

L’exposition « Inside » au Palais de Tokyo, est une réponse partielle poétique à ce questionnement.
« INSIDE propose au visiteur une traversée à l’intérieur de soi dont l’espace d’exposition serait la métaphore. D’une installation à l’autre, nous sommes toujours à l’intérieur d’oeuvres qui nous conduisent en nous, de la peau jusqu’à nos pensées les plus secrètes ». Jusqu’au 11 janvier au Palais de Tokyo

photo 1 Ando Wekua, untitled
photos 2 et 3 Stéphane Thidet, untitled (Le Refuge)
photo 4 Henrique Oliveira, Baitogogo

« La porte ! la porte c’est tout un cosmos de l’Entr’ouvert

« La porte ! la porte c’est tout un cosmos de l’Entr’ouvert »
« A la surface de l’être, dans cette région où l’être veut se manifester et veut se cacher, les mouvements de fermeture et d’ouverture sont si nombreux, si souvent inversés, si chargés aussi d’hésitation que nous pourrions conclure par cette formule : l’homme est l’être entr’ouvert.
Alors que de rêveries il faudrait analyser sous cette simple mention : La Porte ! La porte, c’est tout un cosmos de l’Entr’ouvert… Comme tout devient concret dans le monde d’une âme quand un objet, quand une simple porte vient donner les images de l’hésitation, de la tentation, du désir, de la sécurité, du libre accueil, du respect ! On dirait toute sa vie si l’on faisait le récit de toutes les portes qu’on voudrait ouvrir »
 
La Poétique de l’Espace – Dialectique du dehors et du dedans.
 
Gaston Bachelard


photo d’Adrien Dirand : un entr’aperçu de la chambre de Lola

« l’architecture mouvante des sentiments humains »

« l’architecture mouvante des sentiments humains »
 
Illustration de Pelegeya Klubnikina 
pour « Les Caprices de Marianne » d’ Alfred de Musset par Frédérique Mingant
Un des « 100coeurs » en  linogravure imprimés sur tissus de Sandra Baud
 » Le corps dans les rêves, les rêves dans la peau, le tissu entre les deux » 
 Sculpture textile de l’artiste Emilie Faïf
installation pour les vitrines d’Isabelle Marant
 
Cliquez sur « Coeur » pour le voir s’animer… 

Quand mes salles de bain se montrent nostalgiques…

Se réveiller en douceur, entrer dans une pièce couleur brume pour sortir des vapeurs de la nuit, laisser couler l’eau d’ une température enveloppante, et s’abandonner au rituel du soin du corps avant d’affronter la lumière du jour et la réalité quotidienne…

C’est dans la salle de bain que la journée commence et s’achève. Comme un sas entre le jour et la nuit, entre la vie privée et la vie sociale. Une des rares pièces de la maison avant tout conçue, non pour le partage, mais pour un rituel intimiste qui ponctue les journées.

Celles que j’imagine peuvent aussi bien être « nostalgiques », comme une évocation aux peintures de Bonnard, que plus contemporaines version béton ciré ou carreaux blancs, mais elles se doivent d’être simples et dépouillées, reposantes et accueillantes.

1. peinture de Pierre Bonnard

2. La salle de bain imaginée pour les artistes Olivier Kuntzel et Florence Deygas à l’honneur dans le Elle Déco (photo Gaëlle le Boulicaut) et le Maison Française (photo Jean-Marc Palisse) de ce mois-ci : voir sur mon site la rubrique PRESSE
3. La salle de bain imaginée pour Fred et Sarah photographiée par Jean-Marc Palisse pour Côté Paris
4. La salle de bain de Saint Valéry photographiée par René Stoeltie
5. La salle de bain de Mortimer
6. Dessin de Franck E.

La Maison de famille

La Maison de famille
« La maison, c’est la maison de famille, c’est pour y mettre les enfants et les hommes, pour les retenir dans un endroit fait pour eux, pour y contenir leur égarement, les distraire de cette humeur d’aventure, de fuite qui est la leur depuis le commencement des âges. »
Marguerite Duras, La Vie matérielle  P.O.L,  1987
Extrait du Blog J’attends…

Merci à Ian Phillips et à Stephan Julliard pour la parution de la maison de famille de Sandrine, Pablo, Noa et Mathis dans le DécoIdées belge. 
Quelques images…
l’article au complet sur mon site www.marianne-evennou.com rubrique presse 
Encore un cadeau de Katia : ce petit billet à découvrir sur son blog « Pauline dans les nuages. Marianne Evennou’s Tale of Two Dormers »

Two dormers and a skylight, Marianne Evennou has a keen awareness and sensitivity to capture the defining feature of a place and the spirit of its inhabitants.  A garret under the roofs of Paris from where Pauline can contemplate the trees dreaming in the grey sky, a ladder to climb to the chambre d’ami -the young woman has friends all over the world, and is always accomodating someone in her romantic attic… A small budget for the refurbishing, but a lot of energy and creativity instead. Marianne led Pauline to use samples of paintings to paint her concrete floor and both of them  rolled up their sleeves to achieve their common dream and seal a longtime friendship and collaboration in bartering. Young and energetic Pauline designed Marianne’s website and e-shop while fairy godmother Marianne helped her finding the essence of her  home. 

J’avais l’intention de faire un billet avec les dessins de Louise Bourgeois photographiés cet été à la Fondation Lambert sur le thème de la femme maison. Comme en échos à ce souhait Katia a publié dans son blog littéraire « The Search For Home » avec en introduction cette phrase de Gaston Bachelard que je m’autorise à reprendre et qui donne un éclairage subtil aux dessins de Louise Bourgeois et au collage de Claudia Drake si proches en sensibilité. Je vous invite à découvrir sur son blog « J’attends » un extrait du livre de Jean Frémon « Louise Bourgeois Femme Maison ». Katia, tu m’épates toujours autant !
Non seulement nos souvenirs mais nos oublis sont logés. Notre inconscient est logé. Notre  âme est une demeure. Et en nous souvenant des maisons, des chambres, nous apprenons à demeurer en nous-mêmes.
 
 Gaston Bachelard

Début d’une interview sur l’utilisation des gris dans mes chantiers pour un article par Pauline Fontaine… La suite à découvrir lors de la parution !

Les gris

 
Difficile de parler de ses goûts et surtout de les expliquer. Qu’est-ce qui me porte vers les gris ?
 
L’inspiration vient probablement des ciels. Les ciels de mon enfance aux Pays-Bas, les ciels du bord de mer où nous avions une maison de vacances en Baie de Somme, spectacle permanent de nuages chassés par les vents,  beauté du ciel et de la mer qui ne font plus qu’un à l’horizon dans un dégradé de couleurs subtiles. Mais aussi les ciels parisiens qui se mélangent aux toits en zinc. J’aime ces nuances de blanc, bleu, gris et noir qui habillent le ciel dans un mouvement perpétuel, parfois lent, parfois rapide. Il s’en dégage tout à la fois une sensation de légèreté, de grâce et de liberté.
 
Je retrouve chez les marchands de couleur cette poésie des gris, inspirée par le spectacle de la nature, des cieux et de la lumière : Bleu d’Orage, Ciel Belge, Cumulus Lourds, Légers Cumulus, Là Haut, Bleu Averse, Skylight…
 
C’est peut-être un petit bout de ce ciel rêvé que j’essaye de mettre dans les intérieurs que j’imagine…
 
Fornasetti Clouds
Crédit Franck Evennou
Crédit Franck Evennou
Crédit Franck Evennou
 
 Crédit Franck Evennou
 
 Crédit Franck Evennou
Crédit Franck Evennou
Crédit Franck Evennou
Camille au piano
Crédit Franck Evennou
Crédit Jean Marc Palisse pour Côté Paris
 
Crédit Ian Phillips
Crédit Jean-Marc Palisse pour Côté Paris
Crédit Jean-Marc Palisse pour Côté Paris
 
 
Proposition de shopping sur le thème des gris, toujours pour la journaliste Pauline Fontaine

Racines

« Les matériaux de l’urbanisme sont le soleil, l’espace, les arbres, l’acier et le ciment armé, dans cet ordre et dans cette hiérarchie. » 
Le Corbusier

De retour d’un séjour sur les lieux de mon enfance, je rapporte dans mes bagages ces quelques photos de la maison où souffle l’esprit de mes grand-parents. Voilà une demeure dont les codes esthétiques ont traversé les décennies sans prendre une ride.

Déconnectée des critères architecturaux de la région qui est plus à l’aise avec les bastides qu’avec les préceptes du Bauhaus et du mouvement moderne, elle assume discrètement sa singularité, cachant sa façade résolument contemporaine dans une vallée verdoyante.


Elle raconte l’histoire d’un jeune couple qui fuit l’Allemagne en 1933 et veut faire table rase de son passé bourgeois pour s’inventer une nouvelle vie dans cette région de France sauvage.

Avec son décor minimal aux lignes géométriques pures, aux matériaux simples et bruts comme l’acier, le béton ou le verre, la maison se veut sans artifice. La beauté architecturale découle de la fonction et de la trace de la main de l’homme comme aimait me  le répéter ma grand-mère. « form follows function ». 

La nature est partie prenante de l’architecture. A l’intérieur ne sont admis que les sculptures, les tableaux en « objet decorum », les livres et la musique.

Au-delà de cette austérité apparente, la maison de Gerhart et Ida est une leçon de vie pleine d’humanisme d’un couple qui a rejeté toutes les règles conventionnelles pour mener une existence libre. 

Elle est aujourd’hui habitée par ma tante qui en perpétue l’esprit et reste le paradis de ses petites filles Rebecca et Nina.


Mon oncle Denis a réalisé cette grille rouge d’après un dessin de mon grand-père.

Les sculptures sont de mon oncle Thomas …
… et les peintures de mon grand-père Gerhart. 
Autoportrait de Gerhart.

La bibliothèque dans la pièce à vivre conserve les livres en allemand, anglais, hébreu et français depuis plusieurs générations.

Quelques tableaux dans la maison peints par mon grand-père, Gerhart, entre 1926 et 1932.